14 mai 2012
Bad, bad Shadows

Tim Burton a régné sur mon adolescence. Quand j'étais gosse, Mars Attack et autre Sleepy Hollow ne m'avaient pas fait grand chose, mais en découvrant, vers seize ans, ses Noces Funèbres, ma passion burtonienne a décolé. L'Etrange Noël de Monsieur Jack, Edward aux mains d'argent sont devenus des classiques, Beetlejuice a atteint le rang d'icône, Big Fish m'a ouvert à l'onirisme. Tim Burton s'est imposé comme référence dans l'univers cinématographique. Le problème, c'est que les piédestals résistent mal aux tremblements, et les adaptations de Charlie et la chocolaterie, inutile, Sweeney Todd, prévisible et soporifique, et Alice au pays des merveilles, disnéo-narnienne, avaient pas mal ébranlé le statut de l'idole. Alors, comment aborde-t-on la nouvelle oeuvre d'un cinéaste dont le dernier film convaincant remonte à 2005 ?
En serrant les dents. Et en tentant désespérement de rester objectif.
Tim Burton est né sous une bonne étoile : il peut se vanter de faire partie de ces héros du septième art à qui on est prêt à accorder une éternelle seconde chance. Parce que oui, il a osé produire les Batman de Joel Schumacher, mais après, il a réalisé les déjantés Mars Attack et Sleepy Hollow ! Et en effet, il a perturbé plein de monde avec sa Planète des Singes, mais s'est racheté juste après avec Big Fish, l'une de ses plus belles merveilles selon moi. Alors oui, quand Tim Burton se plante, on reste confiant et on croise les doigts pour que la suite se révèle plus réjouissante. Mais après tant d'échecs où la magie et l'inventivité se sont enfuies... l'optimisme flanche et chaque nouveau film apparaît pour l'âme déçue comme celui de la dernière chance. Tout en sachant qu'on y reviendra toujours au final... L'espoir fait vivre.
Dark Shadows était prometteur. Après un film très sombre (Sweeney Todd), un film pour gosses (Charlie) et un film qui n'avait rien à foutre là (Alice), Burton revenait enfin à ce mélange d'esthétique gothique et d'humour qui, avec des dosages très différents, avait fait le charme de ses films (Mr. Jack, Beetlejuice, Sleepy Hollow...). On pouvait se réjouir et y aller joyeusement. Tous les ingrédients sont là pour faire de Dark Shadows un classique Burtonnien : des monstres (plus ou moins) joyeux, en tout cas mordants ; des personnages à côté de la plaque ; un univers sombre et kitsch à la fois ; Danny Elfman à la musique ; Johnny et Helena en tête d'affiche ; la bad-assette des années 2010, Miss Chloe Moretz pour donner un peu de punch et d'irréverence. Joie, excitation, piédestal sorti du placard : allons-y confiant.
Mauvaise idée, plus la marche est haute, plus les fesses en ressortent endolories. Alors oui, Dark Shadows se regarde assez agréablement. Il est moins maldecrânien qu'Alice, moins désespérant que Charlie et beaucoup moins chiant et prétentieux que Sweeney. Bon point. Le cast a l'air de s'amuser, c'est communicatif par moments. Eva Green est machiavélique et sexy en diable avec ses seins comprimés qui dépassent. Michelle Pfeiffer est de retour, même si son personnage est un peu fade face aux autres. Quelques répliques sont très bien senties et très bien envoyées (cf. la scène du M, ou la première rencontre de Johnny Depp avec Chloe Moretz). Bon point, bon point, bon point, très bon point. Youpi.
Alors pourquoi tomber de haut et souffrir tant que ça ? Parce que Dark Shadows fait terriblement, terriblement fade et réchauffé comparé aux précédents films de Burton. Faisons un petit état des lieux. Un homme Deppien se retrouve dans un univers auquel il n'appartient pas et doit s'y habituer : Edward aux mains d'argent power. Sachant qu'il peut être un danger mortel pour les personnes qu'il fréquente : Edward. Et qu'il a été poursuivi par tout un village en colère qui voulait le tuer : Edward ? Une des héroïnes est une jeune fille indépendante un peu glauque et qui tient tête à ses parents : Chloë Moretz = Winona Rider dans Beetlejuice ? Pour le film, Burton a demandé à une brunette de se teindre en blondasse : Eva Green = Christina Ricci de Sleepy Hollow ? L'un des personnages les plus mystérieux est une jeune femme décédée à la robe en lambeaux. Noces Funèbres, coucou ? Certes, ce sont des détails et les détails ne font pas un film. Mais ils peuvent donner un arrière goût de déjà vu. Et trop d'arrière goût peut vraiment gâcher la saveur. Tant pis.
Le véritable problème de Dark Shadows, c'est qu'il souffre du syndrôme de l'adaptation de série télé trop ambitieuse. D'entrée de jeu, Burton met en place dix personnages, chacun ayant sa particularité qui le rend attachant car intrigant. Le vampire éperdu, la sorcière rancunière, la matriarche fière, la psychiatre vieillissante, la gamine colérique, le gamin en deuil, l'acolyte alcoolique, le père dépassé, le fantôme angoissé, la nounou cachotière. Tous ont ce petit quelque chose qui te fait savoir qu'ils vont être intéressants. Tous ont ce petit moment où l'on te montre combien ils ont quelque chose à cacher / quelque chose à révéler / quelque chose de fascinant. Le film n'a qu'à exploiter les pistes qu'il lance très rapidement. Sauf qu'il ne le fait jamais. Jamais, jamais, jamais. On commence avec la rivalité faite d'amour-haine entre Barnabas et Angélique la sorcière. On s'attend à un film en sorte de confrontation, de duel compliqué, d'égos qui s'affrontent. Et puis ça disparaît pour un moment. On se retrouve alors avec l'arrivée d'une jeune fille venue servir de précepteur au fils de la famille, petit bonhomme glauque parlant soi-disant aux morts. On se dit que cette relation passionnante sera au centre du film. On ne verra aucune scène entre eux deux. Un fantôme appelle un personnage à l'aide. Il n'est jamais vraiment expliqué pourquoi. La peur de vieillir d'un personnage entre en jeu de manière soudaine, sans préparation ou mise en place. Barnabas est amoureux d'une jeune femme. Sans qu'il y ait eu la moindre scène entre eux deux, elle tombe sous son charme. La fille de la famille cache un secret dont on n'a aucune idée et qui se révèle à la fin du film, sans aucun signe avant coureur, et sans aucune conséquence de toute façon. Beaucoup, beaucoup de choses qui ne tournent pas rond et qui se rapproche finalement d'un certain foutage de gueule. Burton, qui avait le talent de construire des histoires fantasques, délirantes mais cohérentes malgré tout, perd complètement pied dans son propre récit. **Penser à lui offrir un guide de scénarisation pour les débutants**
On se retrouve donc avec une histoire foutraque et bancale dans laquelle se démènent des personnages délaissés. C'est tellement dommage. En se resserrant autour d'une seule de ces histoires, le film aurait pu être bon. Ma préférence va pour celle du petit garçon, une sorte de mini-freak de huit ans dont la mère a été portée disparue. Sa rencontre avec sa perceptrice mystico-frigide et Barnabass aurait pu rendre cette histoire drôle et touchante. Il n'en est rien. Pourtant, on peut voir Dark Shadows comme un film sur la transmission, sur une famille qui retrouve ses racines, qui se recentre sur son identité. Quoi de mieux alors que de se focaliser sur les problèmes identitaires des deux enfants complètement paumés ? Au lieu de se poser sur un problème, une relation, un enjeu, Burton alterne les scènes de bataille d'égo entre Burton et Green et des scènes de remplissages peu utiles, jusqu'à un dénouement en forme de combat final où les liens du sang triomphent du Big Bad (étrangement un grand moment d'exaltation : de l'action, enfin !) et amènent à un happy end désincarné.
Reste néanmoins un film à l'esthétique loufoque et envoutante et au charme indéniable mais à l'intéret terriblement terni par le manque d'implication narrative. Il fut un temps où Burton n'était pas qu'un décorateur de génie, mais un auteur de contes aussi joyeux que macabres. Pour autant, Dark Shadows n'est pas un navet, loin de là. L'histoire n'est pas pisseuse ou inintéressante, elle n'est juste pas traitée correctement. Ou pas du tout. Oui, soyons clairs, Dark Shadows passe à côté de son sujet. Burton semblait avoir envie de revenir en Terre Promise avec ce revirement vers ses contrées de prédilection. Son Frankenweenie à venir est là pour en témoigner. Pourtant, on reste sur la même impression sacrément désespérante que le conteur d'histoires a laissé place à un simple (mais talentueux) faiseur d'images. Il faut voir la beauté inquiétante de sa poupée de porcelaine craquelée, ou le charme de son fantôme pour se souvenir que sur le terrain de l'esthétique gothique, Burton est roi. Mais le roi ne devrait pas oublier que grimer Johnny Depp, dessiner des arbres sombres et un manoir majestueusement délabré ne fait pas un film. Juste le décorum inspiré d'une déception de plus.
Rendez-vous en octobre prochain pour la suite des (més)aventures.
PS : Barry White ? Really ?

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09 mai 2012
Don't Bother To Knock, ou la pré-Marilynisation d'une vedette
La plupart du temps, Capital of Nowhere vous parle d'actualité, que ce soit une actualité culturelle (cinématographique, musicale etc.) ou personnelle. Pour une fois, un petit retour dans le temps va s'effectuer. Le cinéma parisien Action Christine de Saint-Michel resort dès aujourd'hui un film plutôt inconnu de Marilyn Monroe, "Troublez-moi ce soir" (Don't Bother To Knock, en VO) et... j'ai plutôt envie de vous en parler.
Mettons les choses au clair assez rapidement. Troublez-moi ce soir n'est pas un grand film, comme ses titres indigestes (le français comme l'original) le laissent suposer. Il dure une heure treize pétante, a une histoire convenue au scénario basique (une jeune femme psychologiquement instable se voit engagée comme baby sitter par un couple fortuné) et des dialogues assez faciles. "Oui, mais il y a Marilyn et ça fait tout !", me direz-vous. Et bien oui et non, car justement, tout l'intérêt du film réside dans cette nuance concernant le statut de la comédienne. En 1952, son année de sortie, Marilyn est dans un entre deux assez délicat. Son statut de starlette a été confirmé par une série de succès dans des seconds rôles, dont le Eve de Joseph Mankiewicz, ainsi que par une série de photos dénudées qui ont fait scandale comme il se doit, mais elle n'est pas encore devenue l'icône Marilyn que l'on connait. Les Hommes préfèrent les Blondes et Comment épouser un millionnaire ne sortiront que l'année suivante.
Troublez-moi ce soir est donc l'un des premiers premier rôle de la jeune Marilyn Monroe, que la 20th Century Fox essaye de mettre sur le devant de la scène. À sa sortie, le film ne rencontre pas le succès escompté par le studio et les critiques sont assez désintéressées (à juste titre ?). Mais sur le point des star studies, il est très intéressant parce qu'il démontre à quel point la Fox a tatonné pour trouver le créneau idéal pour sa vedette. Si l'on devait décrire la Marilyn des films que l'on connaît tous, on penserait à son ingénuité, à son optimisme, voire idéalisme, sa candeur, sa douceur innoffensive, son humour malgré-elle, son romantisme à tout épreuve, son côté solaire, sa bonté, sa joie de vivre alors que l'on connaît son parcours difficile. Troublez-moi ce soir n'est pas en désaccord total avec sa persona future, puisqu'on y retrouve déjà des traces de ce que sera la star Marilyn. On ressent déjà une once de ce que sera sa sensibilité romantique, passionnée du début à la fin, dévouée à l'amour de sa vie (ici, un aviateur dont elle était amoureuse avant la guerre). On retrouve un peu de cette impression qu'elle ne sait que faire de l'aura sexuelle qui l'entoure et qu'elle ne réalise pas la nature de l'intérêt qu'elle déclenche chez ses partenaires masculins. Elle possède déjà ce côté glamour, à la fois inaccessible et très proche. Tactile et candide. Tout ça colle plutôt. Marilyn Monroe était déjà un peu Marilyn.
En revanche, ce qui ne colle pas avec l'image de Marilyn, c'est le film lui-même. Son histoire, son ambiance, son personnage principal. Là où Marilyn a une image de femme douce, pure et bonne (humainement parlant, j'entends !), Troublez-moi ce soir met en place un univers malsain où le personnage que Monroe incarne, une jeune femme au passif psychologique instable après la mort de son amant, se transforme en psychopathe violente et dangereuse, tant envers les autres qu'envers elle-même. Ce côté obsessionnel (elle s'habille avec les vêtements d'une autre), pervers (elle joue un rôle pour séduire un homme) et déséquilibré (elle tente de se suicider à plusieurs reprises) sont en totale opposition avec le genre de personnages qui feront, par la suite, son succès. On ressent, face à ce film, que la Fox (et Marilyn ?) voulaient prouver au monde qu'elle était une bonne actrice qui méritait d'être au premier rang, avec de longues scènes durant lesquelles ses humeurs changent et son visage se transforme, où l'émotion et l'empathie prennent le pas sur l'humour et la romance. L'échec rencontré avec Troublez-moi ce soir, mis en parallèle avec les immenses succès de ses films plus légers, peut expliquer que les studios n'aient jamais accepté que Marilyn se lance dans un cinéma plus dramatique, plus intense, et l'on sait qu'elle rêvait d'être prise davantage au sérieux en tant qu'actrice.
Je ne sais pas s'il faut que je vous conseille d'aller le voir à l'Action Christine cette semaine. Le film n'est pas un chef d'oeuvre, mais ce n'est pas un four non plus. Il est juste perturbant à voir lorsqu'on connaît la suite de la carrière de Marilyn Monroe. Et, de manière contradictoire (ou pas, finalement), c'est justement ce qui fait tout son intérêt. Découvrir une autre facette, oubliée, d'une star mondiale en devenir. Là où les temps ont changé, c'est que si ce film avait vu le jour dans les années 2000, Marilyn l'aurait interprété de manière très différente. Aujourd'hui, les comédiens se transforment physiquement, changent leur manière de parler, leur accent, la tonalité de leur voix selon le registre de leurs films. C'est aussi pour ça qu'il n'y a plus de star comme dans les années 50-60. Marilyn a interprété ce rôle de la manière qu'elle l'aurait fait pour les autres, avec la même voix chuchoteuse, la même coupe de cheveux, le même regard perdu, la même innocence. C'est elle, mais dans un univers qui ne lui appartient pas. Ce que l'on a devant les yeux, c'est une presque-Marilyn. Et il est bon, quelque part, de se rappeler qu'une star ne nait pas en un claquement de doigt.

19:16 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marilyn
29 décembre 2011
2011 en Musique
Cette année a été riche en découvertes musicales, grâce à deux amis que je considère comme très proches de moi, désormais : Les Inrocks et Spotify. Ils m'ont permis d'élargir mes horizons musicaux, et pour cela, je les remercie de tout mon coeur. Du coup, il n'y a pas de raison que le cinéma soit le seul à être de la fête pour un petit classement comme je les aime. Et mes albums de l'année sont...
10°/ YELLE – Safari Disco Club
Je m’attends à ce qu’on hurle et qu’on s’insurge. Mais je maintiens que cet album de Yelle est une réussite. Ou, disons, une semi réussite, puisque je n’en ai retenu que six chansons. Mais il mérite sa place dans ce classement, car le groupe a réussi à sortir de son ambiance débilou-kitschoune pour proposer une musique beaucoup plus primale, efficace, qui touche le corps directement au muscle. Safari Disco Club ou La Musique donnent une envie de bouger irrémédiable, tandis que S’Eteint Le Soleil clôt l’album de manière métaphysique inattendue.
09°/ FLORENCE + THE MACHINE – Ceremonials
Florence Welch et son groupe avaient été la découverte de l’année 2010. Lungs était un album parfait, entraînant, différent, impulsif, sincère. Tout l’inverse de ce Ceremonials qui se réveille beaucoup plus travaillé, plus maîtrisé, plus contrôlé. Moins viscérale, moins authentique. D’où une certaine déception. Mais grâce à certains morceaux comme Never Let Me Go, tout en retenue, What The Water Gave Me et sa mélodie entêtante, ou Strangeness & Charm et son énergie rappelant l’album précédent, Florence évite à son comeback de trop partir en vrille. Pas si désespérant que l'on pouvait le craindre, mais aussi fascinant que son prédécesseur.
08°/ OTHER LIVES – Tamer Animals
Jolie découverte que ce groupe venu des Etats-Unis. Avec ses magnifiques envolées mélodiques et ce chant chaleureux, Other Lives nous a pondu une petite merveille folk comparable à aucune autre. Loin de la simple musique relaxante, Tamer Animals n'en reste pas moins un disque bénéfique pour le corps, à la fois organique et rempli d'inspiration. For 12 est, sans comparaison, une des plus belles chansons produites cette année. À la fois profonde, solaire et mélancolique. Une des trésors de la musique indy à l’américaine.
07°/ EMILIE SIMON – Franky Knight
Franky Knight ne sera sûrement pas l’album d’Emilie Simon que les fans écouteront le plus, mais il est aussi touchant qu’il est monotone. En livrant ses peines, ses peurs, ses espoirs après la mort de son ancien fiancé décédé il y a deux ans, Emilie Simon nous a offert un cadeau très personnel qui touche directement au cœur. Jetaimejetaimejetaime et Holy Pool of Memories sont là pour témoigner de la sincérité de la compositrice qui sait puiser l'inspiration là où il faut : directement au coeur.
06°/ EVANESCENCE – Evanescence
Amy Lee sait se faire attendre. Après de LONGUES années, elle nous revient enfin avec un nouvel opus déjà très critiqué. Aux premières écoutes, il paraît très linéaire, très rock et aucune chanson ne sort vraiment de lot. Il faut s’armer de patience pour dissocier les chansons les unes des autres. Erase This, Lost In Paradise et My Heart Is Broken sortent vite du lot et sont devenues mes préférées de cet album taillé pour la scène. Seul regret : Evanescence semble avoir perdu son don pour l’émotion, les deux ballades étant assez plates.
05°/ GUILLEMOTS – Walk The River
A mon goût le meilleur album de rock anglais cette année. Là où les autres groupes ont tendance à limiter les parties instrumentales de leurs chansons, Guillemots s’attache à les travailler et à les développer. Avec des chansons qui atteignent les six, huit, dix minutes, le groupe prouve qu’il n’a peur de rien et surtout pas de leur pouvoir musical. Aussi à l’aise sur le rock énergique (Vermillion) que sur des mélodies plus lentes (Dancing In The Devil’s Shoes), Guillemots est grand.
04°/ ARMISTICE – Armistice
Petite tricherie de ma part, car Armistice n’est pas un album, mais un EP. Mais quand on réalise qu’un EP de cinq titres comme celui-ci parvient à obtenir le même nombre d’écoutes que d’autres vrais albums, impossible de chipoter. Armistice parvient à créer une ambiance fascinante, à mi-chemin entre le western et la musique façon mariachi. Le tout enrobé par les deux voix aussi différentes que complémentaires de cet étonnant duo qui réussit le pari incroyable de me faire aimer Cœur de Pirate. Surtout sur God Will Get His Man.
03°/ GLOBUS – Break from this world
Globus est un de mes coups de cœur personnel. Je les ai d’abord découvert grâce à une chanson faite avec Anneke sur leur précédent album. Mais ce dernier laissait trop de place aux chœurs et manquait selon moi de maîtrise. Sur Break From The World, ils se sont entourés de chanteurs hyper compétents et ont composés des musiques absolument magnifiques. De la merveille The Promise à l’incandescente Black Parade, leurs chansons sont de purs bijoux où la magie de la symphonie côtoie l’énergie du rock sans encombre.
02°/ WITHIN TEMPTATION – The Unforgiving
Ils étaient aussi attendus qu’Evanescence par les amateurs de rock féminins. Leur dernier album, The Heart of Everything, avait été pour moi une belle déception. J’avais peur que le groupe aille vers une musique moins ambitieuse. The Unforgiving m’a prouvé le contraire. Très loin du métal symphonique qui les a fait connaître, plus impulsif, plus sombre mais magnifiquement produit, The Unforgiving est un album jouissif, énergique, majestueux. Du plaisir rock à l’état pur. Et tant pis si les fans ultimes n’apprécient pas la force pop de Sinéad : moi, elle me fait jouir sur place.
01°/ ANNA CALVI – Anna Calvi
Découverte de l’année pour moi, cette jeune femme semble venue d’un autre monde. Non pas parce qu’elle fait une musique spéciale ou hyper originale, mais parce qu’elle a une aura un peu particulière. Celle d’une artiste aussi timide qu’amoureuse de la musique, guitariste talentueuse à s’en damner et chanteuse à la voix fiévreuse. Certains la comparent à PJ Harvey. Comparaison flatteuse, mais leurs univers sont très différents. Le monde d’Anna Calvi est passionnel, ardant. Il n’y a qu’à entendre sa reprise du Jezebel d’Edith Piaf pour le réaliser.
Ils auraient pu figurer dans le top si j'avais eu le temps de les écouter à temps : Camille - Ilo Veyou, Nightwish - Imaginaerium, Deus - Keep You Close, Feist - Metals, The Antlers - Burst Apart, Neil Gallagher - High Flying Bird...
Albums Pas de l'Année les Plus Ecoutés Dans l'Année :

Chansons Préférées de l'Année (en se limitant à une chanson par artiste - dur !) :
10°/ Zola Jesus - Vessel
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09°/ Yelle - S'éteint Le Soleil
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08°/ Armistice - God Will Get His Man
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07°/ Within Temptation - Sinéad
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06°/ Florence + The Machine - Never Let Me Go
a
05°/ Lana Del Rey - Blue Jeans
a
04°/ Globus - The Promise
a
03°/ Anna Calvi - Jezebel
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02°/ Other Lives - For 12
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01°/ The Gathering - Heroes For Ghosts
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La Déception de l'Année : Dirty Projector + Björk - Mount Wintterberg Orca
Ca fait longtemps que Björk n'a pas fait de véritables chansons comme elle en faisait à l'époque de Bachelorette, Vespertine etc. Et ça manque. Les Dirty Projectors ne sont pas connus pour faire de grandes chansons, mais on pouvait espérer de cette rencontre une musicalité différente. Finalement, c'est très bizarre, c'est fait de bruits, d'ambiances qui, musicalement, ne valent pas grand chose. Alors certes, c'est un projet caritatif, mais vendre ce mini-album de sept titres et vingt-et-une minutes pour une quinzaine d'euros, c'est limite scandaleux.
Le Soufflé qui fait "pschiit" de l'Année : Lady Gaga - Born This Way
Lady Gaga a atteint des sommets d'argent, de créativité et de popularité il y a deux ans pour son Fame Monster. Le problème, c'est qu'elle en a fait trop. Et quand on laisse trop de liberté à un artiste qui veut surprendre et s'amuser, ça finit rarement bien. Résultat, Lady Gaga est partie en live, a fait miroité ses fans pendant des mois, est partie en trip organico-alien, a accumulé les fautes de goùt et perdu toute fantaisie pour devenir bizarre et s'est coupée d'une bonne partie de son public. Et en plus, son album est à 50% mauvais. Pschiit ?
L'Acteur-Chanteur de l'Année : Jeff Bridges - Jeff Bridges
J'avais pensé mettre Mélanie Laurent, par pure provocation. Mais ça aurait été bidon, je n'ai pas pu écouter son album. Jeff Bridges, en revanche, a été une grosse surprise. Après avoir vu le film Crazy Heart, dans lequel il jouait - parfaitement - une ex-star de country sur le retour, aller jeter une oreille à son album de country était naturel. Et objectivement, le bonhomme se débrouille bien. Je ne sais pas à quel point il a participé aux paroles, musiques etc., mais sa voix est douce et envoutante et JB arrive parfaitement à placer sa voix comme il le faut pour procurer des frissons intenables. Either Way est une merveille. Après, c'est sûr, il faut aimer ce genre de musique...
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22 décembre 2011
2011 en ciné. Bien ou pas bien ?
Puisque la fin de l’année approche dangereusement, que bientôt viendra l’heure des bonnes résolutions, des vœux en tous genres et des attentes pour la nouvelle année à venir, profitons pour l’heure de l’opportunité charmante que nous offre ces quelques jours : celle de regarder en arrière et de tirer un bilan des 365 jours qui viennent de s’écouler et, surtout, de faire de jolis petits classements. Du genre : qu’est-ce que le cinéma nous a fait de beau, en 2011 ?

10°/ Tomboy, de Céline Sciamma : Je tiens à suivre cette jeune réalisatrice depuis que j’ai vu sa Naissance des Pieuvres il y a quelques années. Comme celui-ci, Tomboy garde un œil bienveillant sur l’enfance, ses incohérences, ses mystères, ses troubles. Avec une jeune comédienne douée, un sujet délicat et une infinie tendresse pour ses héros.
09°/ Une Séparation, d’Asghar Farhadi : Beaucoup de genres concentrés en un film. Drame familial, conflit social, à la limite du thriller, Une Séparation est un très bel exemple de ce que le cinéma iranien a à offrir et fait passer son spectateur fasciné de la tendresse à la colère, en passant par l’incompréhension et le dépit. À voir !

08°/ L’Affaire Rachel Singer, de John Madden : Contrairement à d'autres films du même genre, celui-ci sait vous attraper, dès la première minute, et ne vous lâche plus avant la fin. Le dispositif passé/présent aiguise habilement le suspense. En y ajoutant la question du poids d’un mensonge trop lourd, le film captive et ne déçoit (presque) pas.
07°/ Et maintenant on va où ?, de Nadine Labaki : On ne peut s’empêcher de sourire. Plus les ennuis s’amoncellent, plus les personnages redoublent d’ingéniosité et d’intelligence. La bonne humeur de ces femmes est terriblement contagieuse, le casting est parfait, Nadine Labaki est magnifique et l’image sublime. Une belle réussite.

06°/ Le Skylab, de Julie Delpy : J’avais parlé de mon incompréhensible attachement au cinéma de Julie Delpy il y a quelques mois. Le Skylab a réussi à rester quelque part au fond de mon cœur pendant tout ce temps. Pour sa bonne humeur, pour ses fous rires, pour l’impression d’avoir été en vacances pendant une heure et demie.
05°/ Fighter, de David O. Russell : J'avais l’impression que le cinéma avait fait le tour du film de boxe. Mais autour d’un script intelligent, transformant le pseudo-film de boxe attendu en chronique d’une famille archi-dysfonctionnelle, et aidé par des acteurs plus qu’inspirés, David O. Russell réalise un excellent film que l’on n’attendait pas.

04°/ True Grit, de Joel & Ethan Cohen : L’humour à la sauce des frangins est toujours là, l’utilisation de personnages qui passent pour des blaireaux et les accents à couper le couteau aussi. Jeff Bridges est épatant, la gamine aussi. Les paysages sauvages, les répliques savoureuses et le caractère de cochon des héros font de ce film un vrai plaisir.
03°/ Super 8, de J.J. Abrams : plus un double hommage, à l’enfance, ses jeux, ses joies, ses peines, et au cinéma, l’art, le divertissement, qu'un film de SF. Les jeux de lumières sont superbes, Elle Fanning est parfaite et les émotions appelées par l’histoire n’ont rien de factices. Le meilleur blockbuster de l’année, sans aucun doute.

01°/ EX AEQUO. Polisse, de Maïwenn et Black Swan, de Darren Aronofski
Départager les deux premières places aurait été un calvaire. Ils sont trop différents, trop éprouvants, trop hypnotisants. Polisse a été le choc émotionnel de l’année, une véritable épreuve autant qu’une véritable fascination. Black Swan a davantage été un choc artistique, un coup de cœur profondément sincère. Le premier a eu le courage d’affronter un sujet a priori décourageant, le second l’ambition de se frotter à un milieu a priori peu passionnant. Et tous deux s’en sont sortis avec les honneurs et un succès mérité. Bravo et merci, Darren et Maïwenn.
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Auraient pu figurer dans la liste si je les avais vus à temps :
Incendies, Essential Killing, A Dangerous Method, Restless, Blue Valentine, Hugo Cabret...
Capital Award de l'Acteur de l'année

Capital Award de l'Actrice de l'année

Capital Award du Duo de Cinéma

Capital Award de la Grosse Bouse de l'année

Capital Award de la Révélation de l'Année
Honnêtement, mon coeur a eu envie de mettre en avant la jeune Elle Fanning, qui, avec ses deux beaux films Somewhere et Super 8, réussit à se faire une jolie place dans le grand cinéma américain. Mais Elle n'a plus grand chose d'une révélation, désormais. Celle qui était vue comme "la petite soeur de Dakota" a finalement pris la place de sa grande soeur qui, devenue adolescente, semble avoir désintéressé les directeurs de casting. En témoigne ses rôles dans Babel, Dirty Sexy Money ou Benjamin Button. Et puis, en y réfléchissant, il y a un autre nom qui apparaît, à la fois évident et adapté.
Jessica Chastain était une grande inconnue avant que Terrence Malick ne l'a fasse exploser grâce à son étrange Tree Of Life. À mon humble goût, la vraie qualité de ce film est d'avoir réussi à mettre en lumière la grâce, la beauté, l'incandescence de Jessica Chastain, rouquine flamboyante aux yeux brillants. La poésie du film convient parfaitement à ses gestes agiles et grâcieux, et ne semble finalement qu'être un prétexte pour la mettre en lumière. Retrouvée quelques mois plus tard dans L'Affaire Rachel Singer, dans un registre très différent, beaucoup plus sombre et énergique, Jessica Chastain impressionne, et l'on se demande comment elle a pu rester anonyme aussi longtemps. Et ce n'est pas son rôle dans La Couleur des Sentiments qui nous fera changer d'avis : même en blonde candide, elle est parfaite et lumineuse. Pas de doute, Jessica Chastain est LA révélation de l'année.

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07 octobre 2011
Le Skylab
Il y a quelque chose dans le cinéma de Julie Delpy qui fonctionne particulièrement bien sur moi. Pourtant, on ne peut pas dire que ses long-métrages se ressemblent. La Comptesse était une reconstitution classique d'une époque assez sombre à l'histoire particulièrement glauque, Two Days In Paris avait un humour cynique et allenien ravageur. Et le Skylab, lui s'engage dans une toute autre voie, la chronique familiale lumineuse. Delpy serait-elle une femme touche à tout ?
Replaçons les choses dans leur contexte : Le Skylab voit les différents membres d'une famille particulièrement vaste (ils doivent, enfants compris, être près d'une trentaine...) se réunir en Bretagne pour fêter l'anniversaire de la Grand-Mère à la fin des années 70, lorsqu'une station spatiale américaine menace de s'écraser dans la région. Le spectateur est ainsi témoin d'un moment de bonheur familial tout droit ressorti de la mémoire de Julie Delpy, qui a puisé l'intrigue de ce film dans son passé pour rendre hommage à sa mère décédée quelques années plus tôt.
Le Skylab a de merveilleux qu'il semble totalement dépourvu d'éléments dramatiques. Hormis la menace invisible de la station spatiale, rien ne perturbe véritablement le week-end. Le film se pose alors comme une simple chronique familiale, enchaînant les scénettes attendues : le déjeuner, la sortie à la plage, les bêtises des enfants, la fête du village, les histoires d'horreur sous la tente... Mais au lieu d'essayer d'éviter les clichés, Julie Delpy les assume et réussi, par son habileté reconnue et ses dialogues toujours très intelligents à les rendre touchants. Le tout obtient une fraicheur vivifiante, comme un beau rayon de soleil en ce début de mois d'octobre morne et pluvieux.
Beaucoup moins écrit que d'autres films de groupes (comme, par exemple, Les Petits Mouchoirs, dernier film de vacances entre potes en date), Le Skylab semble laisser plus de libertés à ses comédiens et donne l'impression que leur instinct et leur talent d'improvisation ont été mis à contribution. Peut-être n'est-ce qu'une illusion, tant la scénariste Julie Delpy possède un véritable don pour l'écriture des répliques qui font mouche. Encore un fois, des phrases bien senties ponctuent le film et déclenchent inévitablement sourires et bonne humeur. Répliques que Delpy a eu l'intelligence de ne pas se réserver. Entourée d'une bande de comédiens reconnus mais pourtant de seconde zone, la cinéaste a réussi à (re)créer une famille à laquelle on croit, sans qu'elle se retrouve écrasée par les personas de comédiens trop célèbres. Gagnant tour à tour leur petit moment de bravoure, ils sont tous d'une grande justesse, voire d'une grande génialosité, disons-le. Eric Elmosino, en papa un peu baba cool, Julie Delpy, en mère gauchiste et féministe, Albert Delpy, en grand-père à l'ouest, ou Vincent Lacoste qui a - bien - grandi depuis Les Beaux Gosses, sont juste formidables. Leur talent, en adéquation avec celui de la cinéaste, permet de rendre certaines scènes, pourtant longues et peu passionnantes en soi (les chants, la blague dans la voiture, l'histoire d'horreur) absolument jouissives et hilarantes.
Ajoutons à ça des situations cocasses, comme une chanson paillarde chantée par un garçon de dix ans à l'oreille de sa grand-mère, les premiers émois amoureux d'une demoiselle qui sort de l'enfance, des chamailleries d'ado ou des engueulades entre gens de droite fan de Cloclo et les artistes gauchos amateurs de Barbara, et l'on finit par se dire qu'il fait bon vivre au sein de cette famille où l'on ne s'ennuie jamais. Et cette agréable sensation, c'est à Julie Delpy qu'on la doit, une fois encore.

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